Randonnée Raquettes à neige

Dangers et pièges de la montagne hivernale

L’hiver a ses lois, il faudra avec méthode et esprit critique en déjouer les pièges souvent perfides. Retrouvez ici quelques notions pour vous aider...

Un long apprentissage

Antidote parfait au stress de la vie moderne, les activités sportives d’hiver dans les espaces naturels connaissent une popularité parallèle au développement du tourisme vert estival.

La gratuité de ces activités ne semble pas être le véritable moteur pour les pratiquants ; c’est plutôt la sensation d’évasion qui les motive réellement. Mais si la liberté symbolise la randonnée hivernale, elle ne signifie pas licence absolue et vertiges d’altitude ! Indéniablement supérieurs aux dangers encourus en été, les risques de la montagne hivernale sont essentiellement liés à la neige, matériau fluctuant qui fait à la fois le charme et l’attrait parfois captieux des parcours à travers les espaces vierges.

Attention ! L’hiver a ses lois, il faudra avec méthode et esprit critique en déjouer les pièges sou vent perfides. Combien de pentes attrayantes devront être évitées, combien de projets révisés à la baisse en cours de route, combien d’ascen - sions reportées ou annulées !

Il faut avant tout admettre qu’en hiver, la nature est bien plus forte qu’en été et que compé tence et humilité devront guider les pas de chacun, y compris les mieux entraînés, sous peine de sanctions cruelles.

Avalanches, plaques à vent, tempêtes, redoux sont depuis toujours les ennemis du ran - donneur qui ne dispose plus en hiver des signes matériels facilitant la progression estivale (sentiers, balisage au sol, signalétique).

Il faudra donc innover, inventer son tracé, s’adapter aux conditions, contourner cette pente suspecte, presser le pas pour être rentré “dans les délais”. C’est là justement une notion “clé”, comme en été sur les crêtes les jours d’orage, comme dans les descentes de canyons : ce respect de l’horaire s’impose en hiver de façon impérative et plus encore au printemps où les courses doivent être achevées de préférence à la mi-journée.

De même on respectera les délais habituels après une chute de neige, la montagne étant plus dangereuse jusqu’à la stabilisation des différentes couches. Méfiance également après les jours de mistral (vent d’Ouest) ou de lombarde (vent de Nord- Est) qui forment des amas de neige instable. Il faut retenir en conclusion que pour sortir des pistes et s’aventurer en altitude, il convient de suivre les conseils des spécialistes et d’acquérir peu à peu une expérience personnelle en s’entou rant de garanties sérieuses au niveau de l’encadrement avant de “voler de ses propres ailes”.

Climatologie et nivologie locales

Une zone climatique particulière

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Situées à l’extrême Sud de l’arc alpin, les Alpes dites “maritimes” bénéficient d’un enneigement parfois capricieux en début de saison, mais qui est souvent très satisfaisant ensuite, de janvier à mai. La situation géographique de ce massif, compris entre la vallée du Rhône, le golfe de Gênes et la plaine du Pô, lui confère un régime climatique original. Deux types principaux de perturbations apportent de la neige sur notre département : les flux d’Ouest et les flux de Sud-Ouest à Sud-Est, les autres restant des phénomènes isolés qui ne donnent que des chutes de neige très minimes.

Les flux d’Ouest

Ce sont les perturbations classiques que les présentateurs du bulletin météo annoncent d’un laconique “arrivée par l’Ouest d’une nouvelle perturbation”. Ces entrées atlantiques perdent beaucoup de leur vigueur au cours de la traversée de notre pays et les précipitations qu’elles peuvent engendrer sont généralement faibles sur les Alpes du Sud. Ce sont les vallées ouvertes vers l’Ouest qui reçoivent le plus de précipitations. Les vallées de la Tinée, de la Vésubie et a fortiori de la Roya, tournées vers la Méditerranée, sont bien souvent épargnées.

Les flux de Sud-Ouest à Sud-Est

Ils sont liés à une arrivée d’air polaire sur l’Espa - gne. Le contact entre l’air froid arctique, humidifié par son trajet atlantique, et l’air chaud méditerranéen, chargé d’humidité, engendre des dépressions actives, qui vont traverser le bassin méditerranéen. À l’avant de ces dépressions, les flux s’orientent du Sud-Ouest au Sud-Est et frappent de plein fouet les Alpes du Sud : le Mercantour se trouve alors en première ligne. D’une durée limitée (1 à 2 jours ou plus si la dépression reste bloquée sur le golfe de Gênes), les précipitations peuvent produire plus d’un mètre de neige sur nos massifs. La fin du mauvais temps se marque par de fortes intempéries sur les vallées italiennes : ce sont alors les périodes de “lombarde” où le vent, traversant la plaine du Pô, s’engouffre dans les différentes vallées italiennes pour donner des bourrasques de neige et remonter jusqu’aux crêtes frontières notamment dans les secteurs d’Isola 2000, du Boréon et de la Madone de Fenestre.

L'enneigement des Alpes-Maritimes

À la fin de l’été, vers la mi-septembre, se produisent les premières chutes de neige sur les hauts sommets. Celles-ci ne durent généralement pas et il faut attendre fin octobre et les mois de novembre et décembre pour que se constitue une première sous-couche impor - tante au-dessus de 2 000 m.

C’est durant les mois de janvier et février que se formera vraiment le manteau neigeux grâce à des chutes plus sérieuses. Cependant nous avons connu de 1988 à 1992 des mois de janvier anticycloniques froids et secs.

Fin mars-début avril, au moment de l’équinoxe, se produisent souvent des chutes abondantes en altitude, suivies par des périodes de mistral. À partir de la mi-avril, la neige est très ramollie et les versants Sud se dégarnissent rapidement alors que les versants Nord restent souvent skiables jusqu’à mi-mai.

Sur le long terme, les Alpes-Maritimes se caractérisent par un enneigement irrégulier : à des années (ou des périodes) de bon enneigement succèdent des années d’enneigement très médiocre. Ainsi certains hivers se sont révélés catastrophiques pour l’économie des hautes vallées (1981, 1992, 1993, 2002), alors que les décennies 60 et 70 avaient été particulièrement favorables.

Il faut dire qu’un léger réchauffement des températures moyennes peut avoir un effet important sur la limite inférieure de l’enneigement. Ainsi on a pu constater qu’au cours des vingt dernières années, cette limite inférieure moyenne d’enneigement était passée de 1500 m à 1800 m.

Les avis divergent quant à la poursuite, voire l’accentuation de ce réchauffement pour les décennies à venir. Mais il suffit de si peu de choses pour modifier sensiblement un climat !

Avalanches et qualités de neige

Les avalanches

Avalanches de poudreuse

Elles proviennent d’une accumulation de neige fraîche sur des pentes fortes ; très dangereuses, car une petite vague peut tuer simplement par asphyxie de neige pulvérulente, elles sont aussi redoutables par leur effet de souffle et leur grande rapidité (jusqu’à 400 km/h). Elles peuvent se déclencher par grand froid malgré une croyance tenace qui assimile “avalanche” et “température élevée”.

Avalanches de plaque

C’est l’ennemi n° 1 du randonneur (75% des accidents mortels). Elles se forment lorsqu’une neige à forte cohésion (neige ventée par exemple) repose sur une surface qui ne lui assure pas un bon ancrage (neige croûtée, neige en gobelets). L’avalanche se produit alors au niveau d’une rupture de pente du terrain, là où la résistance de la neige est la plus faible, lors du passage d’un ou plusieurs randonneurs.

Avalanches de neige humide

Fréquentes lors de la fonte printanière, ce sont des avalanches lourdes et puissantes liées à une période de redoux. L’eau de fonte qui s’infiltre diminue la résistance de la couche en supprimant les liens entre les grains et forme une pâte visqueuse de faible cohésion. Celle-ci glisse vers l’aval en formant de grosses boules de neige sale. Ces coulées entraînent souvent toutes les couches sur leur passage et leur densité les rend extrêmement destructrices. Cependant, elles sont localisées dans des couloirs en général bien connus et répertoriés.

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L'échelle des risques

1. Faible

Le manteau neigeux est bien stabilisé dans la plupart des pentes. Seules des coulées ou de petites avalanches peuvent se produire spontanément.

2. Limité

Dans quelques pentes suffisamment raides, le manteau neigeux n’est que modérément stabilisé, ailleurs il est solide. Des départs spontanés d’avalanches de grande ampleur ne sont pas à redouter.

3. Marqué

Dans de nombreuses pentes suffisamment raides, le manteau neigeux n’est que modérément à faiblement stabilisé. Dans certaines situations, quelques départs spontanés d’avalanches de taille moyenne et parfois assez grosse sont possibles.

4. Fort

Le manteau neigeux est faiblement stabilisé dans la plupart des pentes suffisamment raides. Dans certaines situations, de nombreux départs spontanés d’avalanches de taille moyenne et parfois grosse sont à attendre.

5. Très fort

L’instabilité du manteau neigeux est généralisée. De nombreuses et grosses avalanches se produisant spontanément sont à attendre, y compris en terrain peu raide réputé non dangereux.

Les qualités de neige

La neige poudreuse

La neige est formée de petits cristaux hexagonaux en forme d’étoiles qui s’entrelacent pour donner les flocons. Une fois au sol, ceux-ci perdront rapidement la consistance duveteuse et le feutrage qui donnaient cette sensation de flotter littéralement sur les éléments. C’est au coeur de l’hiver le temps de la “poudreuse”, très prisée par les amateurs des différentes disciplines hivernales.

La neige ventée

Après une importante chute de neige, il arrive souvent que le vent souffle violemment (lombarde, mistral). Les étoiles se brisent et subissent le phénomène de “frittage” qui soude les petits cristaux les uns aux autres. Il se forme des surfaces rigides, lissées par le vent. Les fameuses “plaques à vent” s’épaississent dans les zones de dépôt “sous le vent” et le long des crêtes se forment des corniches parfois specta culaires.

La neige croûtée

Fréquente sur les adrets en plein hiver, mais aussi à l’ubac plus tard en saison, la neige croûtée provient de la fonte de la couche superficielle le jour et d’une prise en masse par le gel la nuit. La glace cimente alors cette partie superficielle pour donner une croûte peu épaisse, cartonneuse, qui peut casser sous le poids du randonneur. Enfouie sous une autre couche de neige, elle devient un plan de glissement particulièrement redoutable.

La neige de printemps

Si la température est positive, de l’eau de fonte apparaît et circule dans la couche de neige. La nuit, par effet de recristallisation, les grains s’arrondissent et se soudent entre eux. C’est la “neige de printemps”, ou neige à grains ronds, qui fait le plaisir des skieurs de randonnée, le matin. C’est aussi pour les retardataires la “soupe” des descentes inondées de soleil.