L'histoire

Le fort de la Revère est situé à 696 m d’altitude sur la commune d’Eze, à 16 km de Nice et à 13 km de Monaco, au cœur du parc naturel départemental de la grande Corniche, espace naturel sensible et fragile, qui s’étend sur 712 ha du mont Leuse jusqu’au mont Bataille, sur le territoire des communes de La Trinité, Villefranche-sur-Mer, Eze et La Turbie.

Après le traumatisme de la défaite de 1870 et de la perte de l’Alsace Lorraine, la France affaiblie entreprend la réforme de son armée, de son armement et de ses fortifications sur la frontière de l’est. Cette mission est confiée par le comité de défense au général Séré de Rivères. Le programme de fortification lancé en 1874 débute dans les Alpes-Maritimes à partir de 1879. Séré de Rivières imagine un nouveau système de défense qui répond aux évolutions récentes de la conduite de la guerre et des armements. 

Construit de 1882 à 1885 pour la protection de Nice, le fort de la Revère est un fort défensif type Séré de Rivières classique modèle 1874. Il constituera avec sa garnison de 300 hommes un des quatre principaux piliers du périmètre défensif du camp retranché de Nice. 

A partir du milieu des années 1880, d’importantes avancées technologiques condamnent le programme de fortification à peine achevé. « La crise de l’obus-torpille » avec plusieurs découvertes remettent en question la construction des fortifications type Séré de Rivières. En 1885, l’invention de la mélinite par le français Eugène Turpin, utilisée pour la charge détonante, augmente l’effet destructeur du projectile. En 1886, la fabrication des obus en acier et non plus en fonte et leur forme ogivale, réduit à néant les protections de terre. L’ensemble de l’organisation défensive française et le système Séré de Rivières sont remis en cause. 

Dès 1887 des modifications ont lieu pour le fort de la Revère : surélévation des plateformes, creusement d’abris-cavernes pour la garnison et d’un magasin à poudre caverne, sur la face ouest.

En Mars 1942 plus de 330 aviateurs alliés sont emprisonnés dans le fort de la Revère, sous la surveillance de gardes mobiles français sous le contrôle de la commission d’armistice italienne. 

En 1949, l’armée de l’air s’implante dans les Alpes-Maritimes. Le 6 juillet 1955 le fort de la Revère devient une base support opérationnelle. Elle accueille le commandement et l’administration de la nouvelle base de défense aérienne 943 créée en 1960. En 1964 ces services sont transférés dans la caserne Gardanne à Roquebrune Cap Martin. Le fort continue d’accueillir des appelés faisant leur préparation militaire jusque dans les années 1980. 
Trois chambrées du Fort de la Revère témoignent notamment de la vie des appelés de l’armée de l’air avec des dessins humoristiques qui mettent à l’honneur notamment des as de l’aviation française (Georges Guynemer, Edmond Marée de la Meslée)

Le fort est propriété du Conseil départemental des Alpes-Maritimes depuis 1995.

Le projet

Le Département des Alpes-Maritimes a adopté le 1er octobre 2021 un programme départemental pour la sauvegarde, la valorisation et la mise en réseau du patrimoine fortifié maralpin. Dans le cadre de ce programme, un dispositif de soutien aux associations, communes et établissements publics propriétaires d’ouvrages fortifiés a été voté le 3 mars 2022 par la commission permanente. Le Département est propriétaire d’un des forts, le fort de La Revère aujourd’hui fermé au public. 

La présente opération a pour objet la restauration et la mise en valeur du Fort de la Revère construit de 1882 à 1885, situé sur la commune d’Eze, à 696 mètres d’altitude, au cœur du parc naturel départemental de la grande corniche, pour la création d’un équipement culturel et touristique sur le thème des ouvrages fortifiés. 

Ce lieu marqué par l’histoire de la défense des frontières, sera restauré et aménagé pour recevoir du public et deviendra la tête de la Cité des Forts des Alpes-Maritimes, réseau du riche patrimoine des édifices fortifiés comptant plus de 80 lieux majeurs depuis le XVIe siècle. Réseau qu’il faut accompagner, organiser, faire connaître, animer dans le cadre du programme départemental pour la sauvegarde, la valorisation et la mise en réseau du patrimoine fortifié maralpin.

Représentatif d’un nouveau système de défense pensé par le général Raymond Adolphe Séré de Rivières après la défaite de la France lors de la guerre de 1870, le fort de la Revère deviendra un lieu de référence sur l’histoire des fortifications inscrite dans le contexte historique complexe des Alpes-Maritimes, territoire marqué par sa position frontalière, avec une mise en perspective géostratégique actuelle des sites de défense. 

Ce sera l’occasion pour le visiteur d’un parcours original et inventif, pédagogique et ludique, voire spectaculaire et immersif au cours duquel il découvrira les techniques de défense suivant l’évolution de la conduite de la guerre et des armements, les systèmes de communication, les procédés constructifs et l’architecture qui en résulte, l’organisation interne liée à l’environnement, aux usages et à l’activité humaine selon les époques, en même temps que l’histoire de ce territoire, des conflits qui l’ont traversés et des combattants qui l’ont défendus.

Le conseil scientifique associé au département, maître d’ouvrage de l’opération, poursuit l’élaboration du contenu du projet scientifique et culturel sur lequel s’appuiera le projet muséo-scénographique porté par la politique prioritaire de transition numérique (Smart deal) du département.

Le maître d’ouvrage entend donner une place majeure dans le département à ce nouvel équipement public à vocation culturelle et touristique qui domine la côte méditerranéenne sur un promontoire rocheux exceptionnel situé dans une zone à forte fréquentation touristique. Dans le cadre de la mise en réseau des ouvrages fortifiés maralpins, le projet devra être conçu dans sa forme et son contenu comme la porte d’entrée à la mise en place de circuits et itinéraires de découvertes entre la zone littorale et les territoires de moyen et haut pays du département.

L’ambition est de conjuguer la dimension mémorielle et patrimoniale du lieu, dans un cadre naturel exceptionnel avec la volonté de transmettre et de porter un dialogue éclairé sur les questions de technologies de défense dans l’histoire du territoire.

Par ce projet, le département souhaite :

Préserver et mettre en valeur un édifice patrimonial militaire de défense représentatif, construit à la fin du XIXème siècle, par une intervention architecturale et paysagère respectueuse de son histoire, de son identité et de ses spécificités patrimoniales et techniques dans l’esprit de 1885.

Créer un lieu d’interprétation et d’événements contemporain, innovant et vivant, accessible à tous les publics et particulièrement aux jeunes, inédit, insolite, sans vocation muséale mais présentant des objets en lien avec la thématique, pour expliquer un patrimoine défensif témoin de l’histoire des Alpes-Maritimes, zone de conflits internationaux entre la France, les états de la Maison de Savoie, puis l’Italie du XVIème au XXème siècles.

Participer à la valorisation du site privilégié, sensible et fragile dans lequel le fort s’inscrit au cœur du parc naturel départemental de la Grande Corniche.

Les travaux

Le programme de l’opération prévoit :

  • la réhabilitation et la restauration du fort sur une emprise de 20 000 m² avec :
    • les surfaces à couvert, casemates, ateliers, poudrière, abris et caponnières pour des activités publiques (accueil, aménités, parcours d’exposition, espaces de médiation…) et des activités internes (administration, logistique muséographique, entretien et maintenance,
    • les espaces extérieurs : entrée, pont levis, fossés, plateformes, talus, chemins de ronde.
  • l’aménagement d’espaces extérieurs au fort sur une surface d’environ ≈8 000 m² pour la création de places de stationnement supplémentaires et l’amélioration des cheminements et du traitement du parvis d’accès au fort.