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Clues et Canyons

De l’Estéron à la Roya en passant par le Var, le Cians, la Vésubie, la Bévéra et leurs innombrables affluents, un véritable kaléidoscope de sensations attend les canyonistes.

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Au cœur des Alpes-Maritimes

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Hormis quelques très rares pêcheurs sportifs, nul ne pensait voici encore quelques années à s’aventurer dans les cours d’eau les plus escarpés du moyen et du haut pays, là où un relief dissuasif à souhait repoussait les velléités de tout un chacun. Pourtant, contre toute attente, une discipline sportive nouvelle allait peu à peu émerger des profondeurs de ces canyons encaissés et obscurs où hier encore personne n’aurait osé poser le pied.

Déjà les spéléologues de l’Audibergue ou du Marguareis avaient amadoué les grandes profondeurs, alors que “tombaient” les dernières grandes voies d’alpinisme du Mercantour, mais les canyons, eux, gardaient tout leur mystère et leur farouche beauté demeurait méconnue.

Jusqu’à ce qu’au début des années 1980, quelques aventuriers démunis de tout équipement adéquat se risquent à quelque folle descente dans un paysage sans repère, seulement hanté par la faune sauvage. Depuis lors, le ludisme de l’activité s’ajoutant au piment de la découverte, tous les vallons les plus secrets, les cascades les plus hautes ou les défilés les plus resserrés sont régulièrement sillonnés par des canyonistes passionnés venus de l’Europe entière et séduits par ces parcours envoûtants où l’on oublie presque le monde terrestre pour se fondre dans la fluidité ambiante.

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La pureté des roches lissées par les flots millénaires, du blanc calcaire aux rouges pélites en passant par les calcifications les plus extravagantes où le monde végétal se fait pierre, autant de merveilles que l’œil ébahi du néophyte apprend bien vite à aimer.

Mais le vrai miracle, à présent qu’un matériel spécifique, gage de confort et de sécurité, est apparu sur le marché, c’est aux mouvements de l’eau, à ses caprices et à ses turbulences qu’on le doit : une apesanteur enivrante saisit le descendeur de rivière, de clue ou de canyon, instillant en lui cette communicative frénésie de sauts, glissades et autres acrobaties.

Qu’on ne s’y trompe pas, avant d’être un jeu, le canyonisme monnaye ses charmes et d’aucuns ont malheureusement payé un lourd tribut à la malchance, à une coupable négligence ou à un encadrement défaillant. Le maître mot en la matière, la prudence, s’impose donc avant de se lancer dans cette belle aventure de la fin du XXe siècle.

De l’Estéron à la Roya en passant par le Var, le Cians, la Vésubie, la Bévéra et leurs innombrables affluents, un véritable kaléidoscope de sensations attend les canyonistes : toboggans grisants, sauts annonciateurs de poussées d’adrénaline, rappels audacieux sur le tuf, les mousses vertes ou sous les chutes d’eau, nage dans les tourbillons d’écume accompagnent la progression au gré d’un relief complice. Mais on n’oubliera pas que dans cet affrontement passionnel qui dure le temps d’une descente, l’eau, élément divinisé par les Grecs en la personne de Silène, Dieu des sources et des rivières, garde une primauté rappelant l’homme à la modestie la plus élémentaire.

Une faune discrète dans un milieu naturel fragile

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La pratique récente du canyonisme peut modifier l’équilibre naturel et humain installé en ces lieux depuis des siècles.

Ne rien jeter dans l’eau. Ne pas souiller les abords de la rivière. Les dégradations sont lentes et toute pollution peut être transportée sur des kilomètres. Dès que la progression le permet, il convient d’éviter de marcher dans l’eau.

En effet, le fond du cours d’eau héberge toute l’année pontes, alevins et larves d’insectes.
Ces dernières constituent la principale source de nourriture des poissons (truite, chabot, vairon, barbeau méridional) et des écrevisses autochtones, en forte régression.

Tous ces animaux vivent ou se réfugient sous les pierres et ils peuvent être écrasés lors du piétinement. Grenouilles et crapauds évoluent aussi dans cet environnement spécifique et sont eux-mêmes la proie de choix des reptiles. Les canyons sont également le territoire d’oiseaux très particuliers (cincle plongeur, martin pêcheur et rapaces) ainsi que de mammifères rares (chiroptères, musaraigne aquatique), espèces strictement attachées aux cours d’eau. La descente trop tôt dans la saison et les ambiances bruyantes perturbent les cycles de reproduction de ces animaux qui, pour la plupart d’entre eux, font l’objet de mesures de protection.
Il est primordial d’être très attentif et d’avoir conscience que ces sites renferment une vie souvent insoupçonnable.

Dégrader la végétation, retourner des cailloux, troubler l’eau a forcément un impact sur le milieu naturel et sur ses peuplements qui constituent un précieux élément de richesse écologique. Les indications et balisages spécifiques visent à éviter la disparition d’espèces et la perturbation des usages locaux.
L’avenir du canyonisme dépend de votre comportement.

A noter : Cette carte situe les randonnées dans le département à titre indicatif et de manière approximative. Elle n'a pas pour but de géolocaliser précisément les emplacements des balises de départ des randonnées.

Lire aussi : Un espace à partager

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De nos jours, disposant d’un important temps libre, le citoyen qu’il soit randonneur, vététiste, canyoniste, chasseur, pêcheur, propriétaire ou protecteur de l’environnement convoite de plus en plus l’espace naturel, enjeu d’un indispensable partage entre tous ces usagers. Propriété individuelle de façon ponctuelle, la nature n’en demeure pas moins une propriété collective où s’exercent de multiples intérêts le plus souvent concurrents et même parfois antagonistes, notamment dans les rivières, vallons et ruisseaux de montagne.

En effet, un simple cours d’eau peut se voir attribuer de multiples vocations, revendiquées par de nombreux pratiquants connaisseurs du milieu dans lequel ils évoluent, mais souvent de façon très spécifique à travers l’activité qu’ils affectionnent :

  • Le pêcheur, traditionnel usager des cours d’eau, solitaire et marginal dans les encaissements les plus marqués, évolue souvent à la montée en contournant les obstacles naturels et en recherchant le calme, la discrétion et la concentration. Avec la réglementation, les périodes d’ouverture, la taille et le nombre de prises et le zonage des cours d’eau, il oeuvre pour la protection des milieux et la conservation des espèces.
  • Le canyoniste, apparu plus récemment, en totale opposition avec le précédent, évolue en groupe à la descente, en franchissant les cascades en rappel, en sautant dans les vasques profondes et en nageant dans les biefs allongés. Dans le département, un arrêté préfectoral réglemente la pratique et tend à renforcer les règles d’usage et de respect des autres pratiquants.
  • Le riverain, habitant des lieux, agriculteur ou propriétaire de terrains à proximité des chemins d’accès et de sortie, intégré au milieu que le canyoniste visite, recherche avant tout une cohabitation avec un minimum de nuisances : calme, propreté du site, respect des prises d’eau et des canaux d’irrigation, tenue décente des pratiquants et absence de gêne dans les manœuvres ou le stationnement.
  • Le protecteur de la nature, pas toujours pratiquant et connaisseur de l’activité, milite pour sa part en défendant les milieux naturels contre toute sorte d’intrusion afin de sauvegarder au maximum leur intégrité au nom de la biodiversité.

L’avenir de ces milieux passe par une impérative conciliation entre ces intérêts différents, voire un arbitrage et par une répartition dans l’espace et dans le temps des pratiques et des attentes de chacun afin de permettre une gestion optimale des activités et des usages.

Dans ces espaces de liberté, milieux naturels sensibles, l’équilibre est délicat à trouver entre la libre pratique d’une activité sportive, les activités ancestrales, les usages et la protection de l’environnement. Un comportement responsable allié à un strict respect de l’environnement et des usages locaux est le seul garant du libre accès futur à ces sites naturels grandioses.